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La révolte de 1911


Au XIXe siècle, le vignoble aubois était important et florissant, il comptait 22 912 ha en 1852.

Le vin était alors destiné aux Maisons de Champagne marnaises et à la consommation de vin rouge.

Au tout début du siècle, le vignoble champenois fut ravagé par le phylloxéra et les vignes auboises furent en grande partie détruites.

Au sortir de cette catastrophe, alors que les vignerons marnais reconstituaient leurs vignes en pinot et en chardonnay, les vignerons aubois s'employèrent à reconstituer leurs vignes en gamay noir à jus blanc, moins exigeant et tout aussi apte à la champagnisation que le pinot.

Alors que l'on parlait, en 1907-1908, d'une délimitation, le vin aubois était de bonne qualité et les vignerons crurent l'appellation acquise.

Pourtant cet espoir fut déçu, car les élus marnais obtinrent, après avis du Conseil d'Etat, un décret, en décembre 1908, qui excluait du label Champagne tous les moûts autres que ceux de la Marne et de deux arrondissements de l'Aisne.
Alors que le « négoce-fraudeur » marnais continuait de s'approvisionner hors de la délimitation, l'Aube se vit officiellement refuser le droit à l'appellation Champagne.

Privés de leur identité, les vignerons aubois se révoltèrent avec le soutien de la classe politique.

Par décret du 7 juin 1911, une région baptisée « Champagne 2e zone » fut alors créée, avec l'aval dudit « négoce-fraudeur ». Cette 2e zone comprenait certaines communes de la Marne, Haute-Marne, Seine-et-Marne et Aube.

On parlait alors de « Grande Champagne » et « Basse Champagne ».

De nombreux vignerons aubois, furieux, décidèrent de ne jamais accepter cette décision et l'agitation reprit avec virulence : affrontements avec les gendarmes, arrestations, rassemblements avec des feux sur les coteaux…

C'est seulement après la Loi du 6 mai 1919 que l'Aube fut réintégrée dans l'aire délimitée Champagne, mais bien des négociations furent nécessaires pour aboutir enfin à l'accord de 1927, qui réintégra définitivement toutes les communes viticoles de l'Aube, à condition que le gamay, en constante régression, disparaisse définitivement des moûts destinés au champagne dans un délai de 15 ans, prorogé jusqu'en 1960.

C'est ainsi qu'il fallut environ 18 années de lutte, de longs débats, de péripéties parlementaires, et toute la détermination des vignerons aubois pour sauver notre vignoble d'une disparition certaine.




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